Gratuit ? Non merci

J’écris des romans et je suis une inconnue nageant dans une mer d’écrivains et de livres. Je voudrais bien vendre quelques uns des miens. Pour me faire connaître, certes, plaire peut-être, mais surtout pour avoir le plaisir de lire des avis de lecteurs, bons ou mauvais s’ils sont argumentés. Et aussi histoire de me dire que je n’ai pas travaillé pour peanuts. Nous sommes des dizaines de milliers dans mon cas.

Mais oh, surprise, je lis un peu partout sur le web que l’on doit avant toute chose mettre son livre à disposition gratuite sur internet (par exemple sur des sites spécialisés). Le reste viendra après si on a du talent (ou en général ne vient jamais).

Gratuite ? Et puis quoi encore ? Qui a décidé cela ? Pour quelle raison est-ce que je distribuerais gratuitement un travail qui m’a pris des centaines voire des milliers d’heures à écrire, puis à peaufiner avec amour ? C’est quelque chose en quoi j’ai mis une part de moi-même, bien que j’écrive des récits de pure fiction. Qui ose rabaisser le créateur de mots en le traitant comme un sous-être qui doit mendier l’intérêt pour ce qu’il fait au point de donner ce qu’il a peiné à fabriquer ? Qu’est-ce qu’un auteur a de moins que n’importe quel autre créateur fier de son travail ?

Le peintre donne ses toiles ? Le boulanger son pain ? Le cultivateur ses patates ? Le boucher sa viande ? L’architecte ses idées et le journaliste sa prose ? Le politicien son temps ? etc… Non. Peut-être que certains l’ont fait comme un coup publicitaire. Ou encore ils échangent leur production contre autre chose, parfois juste un repas mais c’est un échange.

Faire cadeau du fruit de son travail ? En quel honneur ? Un press-book, oui, un extrait, oui, un résumé, oui, un échantillon donc. Et c’est tout. Tout s’achète et tout se vend et c’est normal (je ne parle pas du bénévolat). Votre smartphone est gratuit ? Votre ordinateur et ses jeux vidéo, votre télé ? Votre ticket de bus ? L’essence, la bouffe, le loyer, l’électricité, les draps de votre lit, votre papier hygiénique, vos chaussures ? Tout est gratuit ? Pas du tout ! Même votre avis de consommateur est rémunéré sur certains sites.

Alors en quoi un livre écrit par un être humain avec son cœur et ses tripes serait-il différent ? En rien, je le dis tout net. Et c’est galvauder le travail de milliers de romanciers, écrivains et auteurs que de les inciter à distribuer leurs écrits (je devrais dire les jeter en pâture) sans contrepartie à un public qui ne l’appréciera pas à sa juste valeur. C’est bien connu, ce qui est gratuit ne vaut rien. « Si c’était bien il serait édité par un éditeur, ce bouquin » entend-on souvent persifler contre les livres autoédités. Rien n’est moins vrai mais « médisez, il en restera toujours quelque chose » disait un  certain Machiavel.

Il y a heureusement les bloggeurs/bloggueuses qui, en échange de votre bouquin, rédigent une chronique. C’est un bon deal. L’ennui c’est que ces gens sont surbookés et la plupart refusent les auteurs autoédités. On se demande ce qui reste à ceux-ci : la mise en ligne gratuite ? Le serpent se mord la queue…

Et moi, même si j’aime les reptiles, je refuse. Je ne mettrai pas mes romans gratuitement à disposition sur le web. Alors personne ne les lira, me direz-vous, puisqu’il y en a tant qu’on peut télécharger sans bourse délier ? Eh bien tant pis. Le monde continuera de tourner et se passera très bien de mes œuvres. Je resterai une romancière inconnue. Mais je continuerai à prendre plaisir à écrire en me disant que moi, au moins, j’ai refusé ce système qui a décidé, un jour, que le travail de l’imaginaire valait tout simplement zéro.

Ma dignité, elle, a un prix.

Bonne soirée :-)
CM

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4 réponses à Gratuit ? Non merci

  1. HB666 dit :

    Bonjour,
    Je suis enchanté de voir qu’il n’y a pas que moi à trouver indécent cette façon de brader la culture littéraire en jetant des milliers de nanars gratuits en pâture aux lecteurs dans le seul but de noyer les auteurs qui ont du talent. De cette façon, le niveau littéraire baisse en bloc et il est plus aisé de manipuler les incultes.
    On peut remercier nos dirigeants.
    Hervé

  2. Dareel dit :

    Coucou !

    Je comprends ton coup de gueule, je pense que si j’avais écrit un roman, j’aurais également du mal à me dire que je dois le lâcher dans la nature sans contrepartie, mais en même temps je ne ressens pour le moment pas le besoin d’écrire pour les autres.

    Ton avis est justifié, c’est beaucoup de boulot, et tout travail mérite salaire.

    Mais je nuance juste ton propos… Evidemment le boulanger ne donne pas son pain et le peintre ne donne pas ses toiles, mais ils ont fait des études pour en arriver là, ils ont dû faire leurs preuves et ont probablement passé des heures à bosser sans être payé avant de trouver quelqu’un qui s’intéresse à eux et veuille bien les faire vivre de leur passion, parce qu’il s’agit bien là d’en vivre? Est-ce ton ambition ?

    C’est vrai qu’on a des idées préconçues sur les livres autoédités… Et on doit passer à côté de nombreuses pépites comme ça ! J’ai lu quelques romans qui à la base avaient été publiés sur des sites communautaires de lecture, certains auteurs ont donc réussi à percer…

    Ne te décourage pas si tu as réellement envie de diffuser ton roman. Je pense en effet que le deal roman contre chronique est un bon moyen de faire dans le donnant-donnant pour commencer… Pas facile de se faire remarquer !

    Bon courage !

    • admin dit :

      Merci Dareel de ton intervention :-) Bien entendu, on se forme à un métier et certains le font à celui d’écrivain. Et comme dans tout métier il est difficile de démarrer, puis le talent fera la différence, ou parfois la chance. Néanmoins le boulanger débutant vend son pain et il faut bien l’acheter avant de savoir s’il est bon, non ? C’est pareil pour tout : on paye pour voir/tester/goûter et on ne revient pas si l’on n’est pas satisfait.
      Pour ma part il ne s’agit pas de vivre de ma plume, je ne me fais aucune illusion. Si quelques fans aiment ce que j’écris je serai déjà heureuse. Ce qui me dérange, c’est cette façon de faire entrer dans les moeurs l’idée que les écrivains méconnus doivent mettre gratuitement leur travail à disposition de tous (et la plupart pour zéro retours, pas même un merci). C’est quasiment un passage obligé, à ce que j’ai compris. Et là, je ne suis pas d’accord du tout.
      Donc je préfère ne jamais percer que de galvauder mon travail (qui est aussi et avant tout un plaisir).
      Merci de ta visite :-)

    • Unauteur dit :

      Vous posez un problème intéressant. Je vous vois assez dans le vrai.

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