Extrait Coeur de sable

 par Carmen Messmer

Extrait

Lorsque Hélène pénétra dans la grande salle du mess des officiers, un court silence se fit et toutes les têtes se tournèrent vers elle. Elle se sentit rougir sous les regards brûlants de tous ces hommes, mais l’air pincé des femmes la ramena à la réalité. Elle se hâta de se fondre parmi les invités.

Sigismond l’accueillit d’un délicieux baise-main et lui susurra d’une voix sucrée :
- Ma chérie, vous êtes véritablement ensorcelante, ce soir. Je vais devoir veiller sur vous… Prendrez-vous une coupe de cet excellent champagne ? Je le fais venir directement de Reims.
Hélène accepta d’un sourire et il lui servit galamment une flûte de breuvage pétillant. Puis il recula d’un pas, lui dévoilant un buffet appétissant dressé sur une longue table. Il l’invita à s’y servir.
- Un buffet ? Comme c’est charmant ! s’exclama Hélène, ravie.
- C’est vous qui m’en avez donné l’idée, lui dit Sigismond. Vous souvenez-vous du jour où vous m’avez raconté la soirée de remise des diplômes à la faculté de médecine ? Vous aviez trouvé excellente l’initiative d’un buffet campagnard. J’ai tout simplement repris l’idée à la mode du désert. Et, croyez-moi, tous nos invités sont enchantés de cette nouveauté.
Charmée par une telle attention, Hélène ne put se retenir et déposa un délicat baiser sur la joue fraîchement rasée de son fiancé. Radieuse, elle lui murmura :
- Sigismond, vous êtes merveilleux. Vous devinez toujours ce qui peut me faire plaisir…
- Je suis votre humble serviteur et votre joie est la mienne, énonça sentencieusement le marquis en lui prenant délicatement les mains dans les siennes.
Hélène était aux anges. Qu’il était doux d’être aimée d’un tel homme. Laquelle de ses amies restées à Paris pouvait se vanter d’entendre des paroles si douces dans la bouche de son amoureux ?

Edwige d’Aiglemont ne pouvait s’empêcher de fixer le couple d’un regard venimeux. Cette petite infirmière de rien du tout lui avait volé Sigismond. C’était elle que le marquis aurait dû épouser ! Et maintenant, où trouverait elle un mari digne de son rang dans cet endroit oublié du monde ?

Elle détestait depuis toujours le désert, la chaleur, ce pays et les hommes qui l’habitaient. Mais aujourd’hui, elle haïssait plus encore cette arriviste qui ne cherchait qu’à s’approprier le titre de Boisgerfaut à bon compte. Seulement la noblesse ne s’achetait pas. Roturière elle était, roturière elle resterait. Il n’y avait qu’à la regarder, moulée dans cette robe indécente qui aurait fait honte à une honnête femme.
Rongée par la jalousie et un effroyable sentiment d’injustice, Edwige détourna à grand peine son regard d’Hélène et de Sigismond. D’une façon ou d’une autre, elle empêcherait ce mariage contre nature. Mais, en attendant de trouver un plan réalisable, il fallait feindre l’indifférence, encore et toujours. Edwige baissa les yeux pour cacher le feu de haine qui couvait dans ses prunelles de jade. Elle fit un effort pour reprendre le contrôle de ses émotions et plaqua un sourire factice sur son visage ingrat avant de s’emparer d’une coupe de champagne. Comme d’habitude, aucun de ces Messieurs ne s’était proposé pour lui en offrir une et l’humiliation lui mordit le coeur.

Après avoir devisé un long moment en piochant parmi les pyramides de petits fours, Sigismond et Hélène furent accaparés chacun de leur côté par d’autres invités et se perdirent bientôt de vue.
Les premières mesures d’une valse attirèrent tout le monde sur la piste de danse. Alors qu’Hélène cherchait Sigismond du regard, elle l’aperçut qui dansait déjà avec une autre. Elle se sentit légèrement dépitée ; elle aurait aimé qu’il lui accorde la première danse de la soirée. Tant pis, elle patienterait.
Décidée à attendre la fin du morceau, elle avançait la main vers une coupelle de petits fours lorsqu’elle sentit une présence à ses cotés. Elle tourna vivement la tête et se troubla aussitôt en plongeant droit dans les yeux de jais du vicomte de la Courtepierre.
Il sembla tout à fait conscient de son émoi et lui dit d’une voix où elle crut percevoir une légère nuance ironique :
- Pardonnez-moi si je vous ai effrayée… Voulez-vous me faire l’honneur de m’accorder cette valse ?
«Non» pensa fortement Hélène, le coeur battant la chamade. Mais, à sa grande stupeur, elle s’entendit répondre d’une voix à peine hésitante :
- Avec plaisir…
Et, avant qu’elle ait eu le temps de réaliser, il l’entraînait sur la piste. Elle perdit aussitôt toute notion du temps et de son entourage. Seule au monde avec Adrien, elle se sentait virevolter avec légèreté dans ses bras, comme dans une ronde enchantée qui ne devait plus avoir de fin. Elle ressentait l’étrange impression qu’ils étaient faits depuis toujours pour danser ensemble. Chacun de leurs pas, chacun de leurs gestes était d’instinct en totale harmonie. Cet instant magique semblait faire partie de ceux qui étaient inscrits dans le livre de leur destinée.

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3 réponses à Extrait Coeur de sable

  1. BettyCh dit :

    Une belle écriture et un livre qui commence bien. Je l’attends sur amazon.
    Betty

Répondre à Pauline Annuler la réponse.

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